Iran : une militante des droits de l’homme condamnée à 33 ans de prison et 148 coups de fouet

L’avocate et célèbre militante Nasrin Sotoudeh a été condamnée par contumace par la justice iranienne pour plusieurs chefs d’inculpations, notamment incitation à la débauche, espionnage et insulte au Guide suprême.

Nasrin Sotoudeh est un symbole de la lutte contre la tyrannie du pouvoir iranien. Son cheval de bataille depuis une dizaine d’années ? Les droits humains. Plus spécifiquement, elle défend les femmes qui refusent le port du voile, la peine de mort, les prisonniers politiques, les militantes féministes. Pour ses actions, elle avait été récompensée en 2012 du prix Sakharov décerné par le Parlement européen. Et, évidemment, elle est considérée comme gênante en Iran.

© International Federation for Human Rights

L’avocate iranienne est en prison depuis le mois de juin dernier. Elle avait déjà été condamnée à 5 ans de prison. C’est depuis sa cellule d’Evin à Téhéran qu’elle a appris sa nouvelle condamnation. 33 ans de prison et 148 coups de fouet pour différents chefs d’accusation dont incitation à la débauche, insulte au Guide suprême, rassemblement et complicité de crimes contre la sécurité nationale ou encore apparition devant l’autorité judiciaire sans hijab islamique. De 2010 à 2013, elle avait déjà été emprisonnée pour avoir défendu des opposants arrêtés lors de manifestations en 2009.

Injustice scandaleuse


« Il est scandaleux que Nasrin Sotoudeh puisse être condamnée à près de 40 ans de prison et 148 coups de fouet parce qu’elle mène des activités pacifiques en faveur des droits humains, et notamment parce qu’elle a défendu des femmes protestant contre les lois dégradantes relatives au port obligatoire du voile en Iran », a réagi Philip Luther, directeur de la recherche et de l’action de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International. L’ONG demande sa libération immédiate. Dans un communiqué, le porte-parole du Quai d’Orsay dit « réitérer son attachement à la liberté d’opinion et d’expression et au droit de chacun à un procès équitable » et appelle « l’Iran à respecter ses engagements internationaux en la matière ».

D’après Amnesty International, la peine prononcée à l’encontre de Nasrin Sotoudeh est la plus sévère prononcée contre un défendeur des droits humains en Iran. « Une évolution inquiétante », souligne l’Union européenne. Surtout, elle coïncide avec l’arrivée Ebrahim Raisi à la tête de l’appareil judiciaire iranien. Un protégé de l’ayatollah Ali Khamenei, actuel guide suprême de la Révolution islamique.